Retour sur les mobilisations étudiantes

25.4.18 Eléonore BAYROU



Revenons sur un phénomène qui fait polémique et qui a l'air de s'inscrire dans la durée. En pleine période de partiels, je décide de prendre du temps pour revenir sur ce qu'il se passe en ce moment dans les universités. Au début je ne voulais en aucun cas prendre part, même au sein de l'opposition au mouvement, et laisser se dérouler ces événements. Puis les blocus ont pris de l'ampleur en bloquant d'abord Sciences Po Paris ainsi que six autres IEP, venant jusqu'au sein de ma propre école, Sciences Po Lyon. Etant étudiante cela me touche de plein fouet, bien que la partie de mon école à Saint-Etienne n'a pas encore subi le blocus (y'a des avantages à être dans un Sciencespo délocalisé lol).
Je ne délégitimise pas l'action des manifestants pour autant, mais il me semble important de revenir à l'essence même du "problème" et de cette agitation sociale. 

Je suis le genre de personne assez discrète dans mes revendications, je n'aime pas me revendiquer comme tel et faire assez de bruit pour que les autres se rendent compte de ma présence et commence à s'intéresser à la cause en elle-même. Je suis bien évidemment consciente de ce que je suis, ce que vers quoi je veux tendre et je suis pleinement apte à défendre mes droits et mes idées, mais je ne préfère pas m'apparenter à des groupes qui soutiennent une forme de "conscience et de solidarité collective" et qui peuvent s'accaparer mon nom au profit de la défense d'un idéal ou d'une cause.
Que ce soit politiquement ou socialement, on peut avoir du mal à me cerner en raison de mes prises de positions qui parfois peuvent être contradictoires. De base je ne souhaite pas me cramponner à une case prédéfinie et me coller une étiquette ; la société nous attribue déjà assez de caractéristiques stigmatisantes, il n'est pas nécéssaire d'en rajouter. 
C'est pourquoi j'ai décidé de ne pas m'apparenter à ces mobilisations étudiantes, qui implicitement viennent s'opposer au pouvoir politique en lui-même sous-jacent la classe sociale dominante qui serait incarnée par le Président de la République Emmanuel Macron

A l'origine ce mouvement de contestation étudiante découle de la réforme d'APB, la plateforme post-bac, que l'on nomme aussi Loi Vidal - ORE. Le gros du travail est de réformer une partie du sytème d'entrée en fac, mais également de redéfinir le mode de gestion des candidatures de la plateforme. Le projet contient également d'autres réformes au niveau des filières et du bac. En gros les bacheliers auront la possibilité de faire une licence par exemple en quatre ans, dans le but de favoriser une remise à niveau. Puisque nous le savons très bien et ce n'est pas un leurre, même si le bac est le même pour tout le monde, les compétences acquises et l'enseignement véhiculé au sein des différents lycées selon les zones géographiques et selon le type même de l'institution (publique ou privé) sont loin d'être égalitaires et similaires. Il serait complètement faux, de prôner l'universalisme et l'équité parfaite entre les lycéens. 
En ce sens tout le monde aurait un accès prioritaire et adapté aux besoins de chaque étudiant. Néanmoins, certaines personnes se verront refuser un accès à certaines facs dans le but de mieux équilibrer les profils et donc de rendre les places réparties au sein des différentes types d'enseignement des facs de façon plus homogène. Ainsi cela permettrait de libérer des places et d'éviter alors le tirage au sort, qui certes est la solution la plus égalitaire et démocratique, mais qui  n'est pas la plus juste!   
On s'insurge contre la sélection à la fac, mais au regard des autres filières au sein du système éducatif dans le supérieur, presque toutes sont sélectives. Prenons l'exemple des BTS,  des IUT, des licences professionnelles qui elles sont archi sélectives de par l'offre si maigre face au nombre excessive de demandes. 

Alors oui l'accès à l'université est censé être universel et chaque personne devrait pouvoir s'y inscrire même si elle ne sort pas forcément de l'enseignement général. Mais regardons la situation aujourd'hui. Un étudiant sur trois abandonne la fac en première année! Que préférons-nous? Un sytème qui se doit d'être "parfaitement égalitaire" mais inefficace au regard de tous ces échecs, et qui donc reflèterait un manque total de rigueur du sytème éducatif, et une perte de légitimité de l'enseignement supérieur français ? Ou alors une recomposition lente, qui forcément entraine des déséquilibres, à l'essence même de toutes réformes (économiques, sociales, sociétales) pour tendre à une meilleure harmonisation de l'enseignement. Seul 28% des inscrits en L1, juste après le bac, ont obtenu un diplôme de licence en trois ans, après avoir passé le BAC. C'est donc cela le supérieur aujourd'hui? Une espèce d'institution idéale qui prône l'accès à tous, mais qui au final ne rempli pas même le quart de ses objectifs? C'est se voiler la face de penser que l'université n'est pas disparate! 
De nombreuses critiques du projet sont tout à fait pertinentes et ont besoin d'être prises en considération. Effectivement la répartition au sein des différentes facs se feront selon des critères plus personnels, c'est à dire une forte attention portée à la lettre de motivation, au CV, en gros à la personnalité même de l'individu. Dès lors cela créer une forme de disparité entre les étudiants venant des différentes classes sociales. Pour reprendre le terme d'IEP en lutte : "la sélection est socialement discriminante". Celle-ci favorise la reproduction sociale. Mais c'est tout le système scolaire dans son ensemble qui est inégalitaire et ceux depuis les premières lois Ferry. Nous le savons tous, l'école favorise le capital culturel des CSP+ par l'apprentissage d'une culture classique au profit de la culture populaire. En ce sens, c'est toute l'école qu'il faut réformer, et cela passe justement par des mesures progressives. L'équilibre à un système juste ne se fait pas en un simple projet de loi. Si l'on souhaite réformer un système pour combler ses lacunes et le rendre plus efficace, il faut forcément passer par des cycles d'ajustement , afin que la structure en elle même se rééquilibre. On retrouve ce même schéma au sein du dispositif économique, ce n'est pas anodin.

Alors non je ne nie pas ces réalités discriminantes aujourd'hui, et non je ne les excuse pas au bénéfice de l'attente des retombées d'un projet. Je pense que c'est maladroit d'associer cette réforme avec l'idéologie néolibérale! Il ne faut pas tout mélanger. En tant qu'étudiants, nous avons toujours tendance à associer les maux de la société avec les ravages du libéralisme




Bref, mon but n'était pas de faire l'analogie de cette "révolte étudiante", ni de créer une sorte d'appel à la contre mobilisation, mais seulement d'exprimer mon avis et de poser les réels enjeux du sujet. Toutes les opinions politiques sont respectables, chaque personne a la légitimité et le droit de croire en ses propres convictions et de les revendiquer si elle en voit le besoin. 
Je ne dénigre en aucun cas le fait que ce soit également des étudiants de Sciences Po, école sélective par laquelle on rentre en passant un concoursqui militent. Ce n'est pas parce que nous faisons parti d'une autre dynamique que nous ne pouvons pas la défendre, cela serait avoir un esprit assez fermé et une honnêteté intellectuelle moralement arrêtée que de penser cela.
Encore une fois je respecte totalement et je suis fière de voir que notre jeunesse se mobilise et qu'elle se bat ce pour quoi elle croit.  Car ne n'oublions pas, nous incarnons l'avenir et nous sommes, tous ensemble, la promesse du changement très prochain de la société