Voir au dela des séries

11.6.18 Eléonore BAYROU

A partir du jour où j'ai eu en cadeau mon premier ordinateur portable j'ai toujours privilégié la plupart de mon temps libre à  regarder des séries plutôt que de films. L'atmosphère qu'apporte la série est, selon moi, complètement différente du film. Elle nous plonge pendant une période donnée dans une ambiance spéciale, parfois proche de la réalité, et parfois complètement à l'opposée de nos vies quotidiennes. Au cours de toute la durée du visonnage, il y a le temps, qui s'écoule, de façon plus ou moins rapide en fonction de la durée des épisodes et du nombre de saisons. Nous prenons le temps de voir les personnages évolués, d'autres disparaissent. Les intrigues se complexifient, se résolvent, pour au final en voir resurgir de nouvelles. Les épisodes d'une série sont pour moi comme une forme de voyage et rendent compte en différentes saisons d'une immersion totale dans un monde parallèle et en superposition avec ma réalité quotidienne. "1 mois, 26 jours, et 8 passé à regarder des séries" ; c'est ce que me rappelle pour appli sur mon téléphone.. le binge-watching on est en plein dedans!

J'ai réellement commencé à m'immerger dans le monde des séries à partir de mon entrée en sixième. Je me souviens de cette sensation de liberté et le mélange de plaisir que j'éprouvais à ouvrir mon ordinateur seule le soir sous ma couette et pouvoir regarder un épisode de série sans aucune restriction, à en abuser parfois. J'ai débuté par les séries phares des adolescentes, c'est à dire l'incontournable Gossip Girl, Pretty Little Liars, Revenge ect. Puis mes goûts se sont affinés avec l'évolution de mes aspirations en tant que collégienne, lycéenne et puis étudiante. Au fur et à mesure que j'entamais ma progression dans ce monde, j'ai débuté à porter un autre regard sur ce que je visionnais et surtout sur ce que je voulais regarder.  Je dirai que chaque série a pu m'apporter un quelque chose à un moment donné de mon existence. J'ai apporté une importance forte à certaines intrigues,  et aujourd'hui je n'éprouverai plus autant d'intérêts  à re-regarder certains épisodes qui  seraient trop naïfs.
D'autre part regarder une même série sur un temps donné est pour moi une forme de routine, un ancrage certain, un évènement quotidien sur une période éphémère certes, puisque une série n'est jamais éternelle, mais réconfortant. J'ai puisé énormément dans les séries ; des émotions, des ressentis, des souvenirs, des leçons de vie. Elles m'ont offerte une forme de direction à suivre et de mise en perspective. Bien sur il faut relativiser leur portée et leur rôle social ou psychologique puisque celles-ci sont le produit de grands studios de distribution et dans cette perspective nous sommes des consommateurs et donc des cibles à atteindre. Les scénarios sont alors construits pour toucher le plus grand nombre véhiculant parfois certaines formes de stéréotypes.
Par la suite j'ai été attirée et je le suis toujours par les séries de sciences-fictions dramatiques à l'image d'Orphan Black, The 100, Game of Thrones. C'est en regardant un peu de tout que j'ai pu trouvé le type de série qui me plaisait le plus. J'aime surtout les séries historiques, même si elles sont toujours un peu romancées, comme Versailles, the Crown, Downton Abbey, Peaky Blinders ainsi que les séries d'actualité qui reflètent les problématiques sociales, environnementales et géopolitiques de notre temps. Nous pouvons citer ici la prestigieuse série Homeland, l'incontournable Mr. Robot, Orange is the new Black avec une thématique plus accessible, Black Mirror. Mais c'est surtout les épisodes de la fameuse série SENSE8 qui à mon gout reflète au mieux les enjeux du monde contemporain.



Mais je souhaitais aborder une autre facette de la série ; c'est sa dimension géopolitique. Aujourd'hui les séries sont une clé pour comprendre le monde. Elles reflètent nos plus grandes préoccupations ainsi que nos éternels questionnements qui nous démunissent. En lisant l'ouvrage de Dominique Moïsi La géopolitique des séries ou le triomphe de la peur  j'appréhende une autre dimension que la simple satisfaction à regarder un épisode d'une série. Effectivement je m'étais rendue compte de l'aspiration des producteurs à s'inspirer de la réalité pour décrire nos peurs et nos angoisses. Mais cet essai est vraiment pertinent dans la mesure où l'auteur énonce sa pensée par des séries phares (Borgen, GOT, Occupied..). Dès lors il analyse les intrigues en les comparant à l'état des relations internationales, à la géopolitiques des différentes aires continentales et au changement de société. De par mes études  je m'intéresse  en profondeur à l'état des conjonctures internationales et aux nouveaux enjeux qu'elles mettent en évidence. De ce fait  cette lecture m'a apporté une double satisfaction et je la recommande vivement, même aux personnes avec peu de ressources dans cette discipline. 
L'auteur prend en exemple la série Game of Thrones et, en relayant la thèse d'une politologue, associe chacune des familles avec les pays du Moyen-Orient selon des caractéristiques et ressemblances précises.  L'arrivée de l'hiver représente la montée du terrorisme, de l'islam radical et retranscrit la hausse des clivages politiques et idéologiques qui sévissent sur ce large territoire.
Après les attentats de 2001 les producteurs de série ont mis en scènes des images véhiculants et reflétants les émotions du monde et les angoisses auxquelles les populations doivent désormais faire face. Celles-ci viennent à contre courant des premières séries télévisées qui s'immisçaient dans les foyers pour au contraire divertir les familles et les faire rêver. Enfin le livre aborde également la situation inverse, c'est à dire l'utilisation par le politique du domaine des scénaristes en s'appropriant une partie de leur analyse du monde contemporain.

C'est amusant mais surtout alertant de voir comment les séries sont aujourd'hui devenues des outils incontournables de la compréhension des émotions du monde. Elle viennent façonner les idées du monde. On peut alors se questionner sur la pertinence du message véhiculé, par les scénaristes, de plus en plus pessimiste et noir de la race humaine dans un monde qui est déjà assez sinistre.